"Qui est notre prochain?"

26 juillet 2010 ///

Pourquoi écrire la parabole du Samaritain? Luc 10:25-37 

La parabole du bon Samaritain est une des paraboles les plus connues. Si vous tapez dans google le mot "Samaritain", vous trouverez toute une liste d'hôpitaux qui portent ce nom. Tout le monde connaît l'expression "Faire le bon Samaritain".

Le fait que nous connaissions si bien cette parabole fait que nous sautons sur des applications attives sans vraiment comprendre pourquoi la parabole du "Bon Samaritain" se trouve dans l'évangile de Luc. Pourquoi est-ce que Luc a écrit cette parabole à cet endroit précis dans son Evangile?

"25 Un docteur de la loi se leva, et dit à Jésus, pour l'éprouver: Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle?

26 Jésus lui dit: Qu'est-il écrit dans la loi? Qu'y lis-tu?
27 Il répondit: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée; et ton prochain comme toi-même.
28 Tu as bien répondu, lui dit Jésus; fais cela, et tu vivras.
29 Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus: Et qui est mon prochain?

30 Jésus reprit la parole, et dit:
               Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s'en allèrent, le laissant à demi mort.
31 Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre.

32 Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l'ayant vu, passa outre.
33 Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu'il le vit. 34 Il s'approcha, et banda ses plaies, en y versant de l'huile et du vin; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. 35 Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l'hôte, et dit:
- Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour.
36 Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands?
37 C'est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit: Va, et toi, fais de même."

Il existe trois grands variantes d'interprétations pour cette parabole, nous allons essayé de montrer qu'aucune des trois n'est vraiment satisfaisante:

1/ le bon Samaritain en tant que leçon de moralité:

En gros, cette interprétation cherche à démontrer comment nous devons aimer notre prochain. En général, ceux qui interprètent la parabole de cette manière nous donne une liste de choses à accomplir pour aimer notre prochain. Les attentes de cette interprétation sont énormes parce qu'il n'y a aucune limite qui définisse qui est notre prochain. Donc l'application consiste à dire et à prouver que le chrétien doit aider tous ceux qui sont dans le besoin.
Les proviseurs, les professeurs adorent raconter cette histoire pour moraliser un peu les élèves avant de commencer l'année scolaire. Cette interprétation est généralement génératrice de culpabilité parce qu'aucun de nous sommes capables d'aimer nos prochains comme il le faudrait.

Cette interprétation doit être questionné notamment en regardant la question que pose le docteur de la loi au v.25: "Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle?".

Jésus vient tout juste de nous dire quelques versets auparavant (v.21-22) que la vie éternelle était un don, donc si cette parabole tourne autour de moi et "ma moralité" et nous explique comment acquérir la vie éternelle à travers nos bonnes actions, alors Jésus se contredit, ou alors nous comprenons mal cette parabole!


2/ l'allégorie de la parabole poussé a l'extrême:

L'allégorie consiste généralement à prendre des mots du passage que l'on lit, et à leur donner un sens caché, ou imaginaire pour déduire un sens spirituel.
J.C. Ryle donne un très bon exemple de l'approche allégorique de cette parabole: "D'après l'allégoriste, le voyageur représenterait la nature humaine. L'épisode de l'homme dépouillé représente la chute d'Adam. L'image de l'homme blessé par terre représente la condition de l'humanité. L'épisode où le sacrificateur et le Lévite refuse d'aider l'homme blessé représente l'impossibilité pour les religieux et les actes religieux de sauver l'humanité. Le bon Samaritain est tout simplement Jésus Christ. L'huile et le vin utilisé pour guérir le malade sont les sacrements de la Sainte Scène et du baptême. L'hôtel représente l'Eglise. Et le gardien de l'hôtel est le Pape."
Voici un type d'allégorie poussé à l'extrême! Le danger de ce type d'interprétation est que toute l'allégorie repose sur l'imagination  parfois dénuée de sens de celui qui prêche et il n'y a pas vraiment de logique.

3/ Interprétation réformée de la parabole.

Du fait que la définition du mot "prochain" est si extrême, et qu'il est impossible de vraiment aimer son prochain comme le présente cette parabole, certains en viennent à la conclusion qu'il est impossible d'obtenir la vie éternelle. Cette interprétation coche toutes les cases de la théologie réformée qui dit que nous sommes sauvés seulement par la foi en Christ, mais elle ne rend pas entièrement justice au verset 37 qui dit: "Va, et toi, fais de même."
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Pour mieux comprendre cette parabole, nous allons suivre l'exemple de J.C. Ryle est remettre la parabole dans son contexte. Nous allons aussi regarder les deux questions que le docteur de la loi pose à Jésus.
Voici les questions que nous allons nous poser:


A qui est-ce que cette parabole s'adresse ?

Cette parabole est adressé à un religieux légaliste qui pense pouvoir adapté la parole de Dieu comme il le souhaite. Regardez la question du v.25: "Un docteur de la loi se leva, et dit à Jésus, pour l'éprouver: Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle?"
Voici un expert de la loi de Dieu qui veut savoir ce qu'il doit faire pour acquérir la vie éternelle. Le travail de ce docteur de la loi était d'interpréter la parole de Dieu et de savoir comment elle devait être appliquer. Lorsque l'on observe le commentaire de Luc sur le docteur de la loi, on se rend compte que ce docteur questionne Jésus avec l'intention de l'éprouver.
Donc il ne pose pas une question neutre, il ne vient pas pour apprendre de Jésus. Ce docteur vient plutôt tester Jésus ou même peut-être le piéger.

Quel est le contexte de cette parabole ?

Au v.22, nous avons clairement vu que connaître Dieu ou avoir la vie éternelle est un don. Nous ne pouvons pas obtenir la vie éternelle en suivant une liste de bonnes actions à accomplir. Donc avoir une relation avec Dieu dépend d'un don.
C'est un peu comme si ce docteur en écoutant ce que Jésus disait se lève tout à coup pour demander: "Mais qu'est ce que tu veux dire quand tu dis que la vie éternelle est un don, dis nous, Jésus, ce qu'on doit faire pour acquérir la vie éternelle ? Tu ne peux pas simplement nous dire que c'est un don."

Quelles réponses Jésus donne t-il ?

Jésus renvoie la balle directement dans le camp du docteur en posant cette question au v.26: "Qu'est-il écrit dans la loi? Qu'y lis-tu?"
Comme c'est si souvent le cas dans de nombreuses conversations, le docteur pose une question alors qu'en faite il a déjà la réponse à sa question... voilà un peu l'attitude de ce docteur. Le docteur connaît la réponse à sa question et cite Deutéronome 6:5 et Lévitique 19:18. En répondant à sa propre question, le docteur de la loi révèle son incapacité de comprendre la loi qu'il est supposé comprendre et appliquer parfaitement.

La religion de l'Ancien Testament n'a jamais commencé avec les 10 commandements, celui qui connaît un minimum l'Ancien Testament sait que toute la création de Dieu se base sur la grâce de Dieu. C'est Dieu qui a appelé Abraham, c'est Dieu qui dans son amour a secouru le peuple d'Israël. La loi n'a jamais été crée pour permettre à l'homme d'acquérir l'éternité par ses propres efforts. Nous n'avons pas besoin de grimper "l'échelle des bonnes actions" pour atteindre Dieu. La loi de Dieu a été donné au peuple de Dieu après que Dieu les délivre de l'esclavage. Les juifs était déjà libres, ils n'avaient pas besoin de faire des bonnes actions pour que Dieu les libère dans Exode 20.
Jésus dit clairement que pour être membre de l'éternité avec Dieu, tout repose sur un don, mais le docteur veut savoir comment acquérir le ciel par ses propres efforts.

L'erreur que le docteur fait est excessivement facile à reproduire. Dès l'âge de 3 ans, les parents enseigne à leurs enfants comment bien se conduire. Quand les enfants rentrent de l'école primaire, certains reçoivent des points de bonne conduite.Ce que nous enseignons à nos enfants, c'est une religion... Si les enfants font les bonnes choses, ils reçoivent des bons points! C'est dans ce sens que cette parabole est adressé à tous les hommes.
Toutes les systèmes humains, les religions dans le monde sont des mécanismes qui cherchent à nous rendre juste devant Dieu à travers nos efforts. L'Islam a ses 5 pilliers, le bouddhisme a son noble sentier octuple avec la roue du dharma. L'hindouisme a son Karma. Si l'on demandait à la population athée cette question: "Comment devenez-vous juste devant Dieu?", on peut supposer que la réponse pour la plupart serait: "C'est moi qui me rend juste, je n'ai pas besoin de Dieu!"
Voici le mode neutre de notre vie, nous pensons tous de cette manière, on se dit que en faisant assez de bonnes actions, nous allons faire plaisir à Dieu, et que nous mériterons notre salut. C'est exactement à ce niveau que le docteur n'avait pas bien compris l'Ancien Testament.
C'est souvent dans des cérémonies d'enterrement que nous entendons: "Fred était un homme bon! Il a fait énormément de bonnes choses" à propos de la personne qui vient de décéder. Cela montre clairement à quel point l'Evangile n'est  pas compris!

Regardez maintenant les versets 28 et 29, Jésus répond: Très Bien, tu as bien compris, fais ce que tu dis. Mais c'est au v.29 que le docteur cherche à se justifier et pose cette question: "Qui est mon prochain ?"
Le docteur qui cherche à accomplir la loi de Dieu pour acquérir l'éternité, lorsqu'il réalise les standards de Dieu cherche à trouver une sortie de secours pour se justifier en posant une question ridicule.
Le docteur est confronté à la sainteté parfaite de Dieu, il réalise son incapacité à satisfaire la loi. Et donc la seule option qui lui reste est de se justifier en jouant avec les mots, le docteur cherche à redéfinir la loi de Dieu pour qu'elle soit plus à son niveau et qu'il puisse acquérir l'éternité par ses propres moyens: "Mais qui est mon prochain? Montre-moi comment aimer mon prochain"

Un jour, j'ai posé cette question à mon opticien: "Est-ce que vous réalisez l'horreur de faire face à Dieu sans être pardonné?" L'opticien a répondu, je n'ai pas besoin d'être pardonné, je n'ai rien fait de mal.
Les personnes capables de dire cela sont des personnes qui ont limité les standards de Dieu et qui ne voient plus ce qu'ils font de mal. Personne n'a aimé Dieu avec tout son coeur, son âme et sa force. Nous n'avons encore moins aimé notre prochain comme nous-même. Le docteur de la loi est donc injuste et pêcheur devant Dieu. C'est le peuple de Capernaüm dans Luc qui dit aux disciples et à Jésus qu'ils n'ont pas besoin d'être pardonné parce qu'ils sont déjà "sanctifiés". Mais Jésus lui même a dit que le pardon viendrait comme un don et serait donné à ceux qui le reçoivent. Mais en ce qui concerne, l'arrogant, celui qui s'auto-justifie devant la sainteté de Dieu, le religieux légaliste, alors le don du pardon ne sera pas reçu.

L'objectif de cette parabole est de démontrer la faillite du religieux légaliste qui cherche à s'auto-justifier pour se sauver et atteindre l'éternité par ses propres efforts.

Pourquoi Luc a écrit cette parabole ?

Pour bien comprendre cette histoire, nous devons comprendre la relation entre les juifs et les Samaritains. Pour les juifs, les Samaritains étaient des infidèles, les juifs détestaient les Samaritains et ils étaient considérés comme culturellement inférieurs. Ils se partagent une histoire de haine pendant des siècles.

Le sacrificateur et le Lévite sont les deux représentants religieux, c'étaient les officiels religieux de l'époque qui prêchaient un salut qui dépend de nos actes. Le sacrificateur ainsi que le religieux voient l'homme blessé par terre. Tous les deux passent outre.
On peut presque les imaginer tous les deux en train de se justifier. Ils cherchent des bonnes raisons pour ne pas avoir à aider ce Samaritain. Le sacrificateur s'est sûrement dit: "Je suis occupé, j'ai du travail à faire pour Dieu, j'ai des sacrifices à faire..." le Lévite s'est sûrement dit:"J'ai un rendez-vous important au temple"

Cette parabole vient révéler l'hypocrisie au coeur de ces religieux légalistes. L'amour, la compassion, la miséricorde, toutes les qualités qui sont dans le coeur de Dieu, ne sont pas présentes dans le coeur de ce sacrificateur et de ce Lévite ainsi que ce docteur de la loi.

Chez qui trouve t-on de la compassion? C'est au v.33:

Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu'il le vit. Il s'approcha, et banda ses plaies, en y versant de l'huile et du vin; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l'hôte, et dit:
- Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour.

Qui est mon prochain? Mon prochain, c'est tout simplement n'importe qu'elle homme. Mon prochain, c'est l'être humain qui se trouve à côté de moi. Mon prochain, c'est celui qui me déteste, qui a rendu ma vie misérable. Il n'y a pas de limite culturelle, sociale à mon prochain. Mon prochain n'est pas simplement le blanc qui gagne au minimum 5000 euros par mois. Mon prochain n'est pas simplement celui qui parle comme un rappeur et porte que des Nike. Il n'y a pas de barrière éthnique, religieuse, sociale qui définissent qui est mon prochain. Tout homme est mon prochain! Et c'est exactement ce que dit la loi de Dieu au v.27.

Nous devons aimer notre prochain comme nous-même. Est-ce que nous l'avons fait? Non!
Que dois-je pour acquérir la vie éternelle? Tu ne peux rien faire!
Comment est-ce que nous pouvons avoir la vie éternelle et être justifié? En acceptant le don gratuit de Dieu en Jésus-Christ.
C'est en continuant à chercher à nous justifier et à prouver que nous n'avons rien fait de mal, que nous ferons face à la Sainteté de Dieu, et à ce moment-là, nous ne pourrons jamais nous en sortir. Les standards de Dieu sont bien plus élevés que les notres. C'est en acceptant le don gratuit de Jésus-Christ qu'il y a vraiment de l'espoir.

Imaginez la réaction du docteur de la loi quand il a dû admettre que celui qui a montré de la miséricorde et qui a été le prochain est un Samaritain, à l'époque un ennemi juré des juifs et sûrement de ce docteur de la loi.

Cette parabole est donc là pour avertir le religieux légaliste qui pense pouvoir se justifier devant la sainteté de Dieu.
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Prédication de William Taylor, pasteur de St Helen's Bishopsgate. Traduit par Maxime Soumagnas.
Cliquez ici pour écouter la prédication en anglais.

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